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Discours prononcé par François Mitterrand, Président de la République, le 27 octobre 1982 à l'occasion de l'hommage rendu à Pierre Mendès-France dans la cour d'honneur de l'Assemblée nationale

 

 

 
Mesdames et Messieurs,

Il est dans l'histoire des moments privilégiés où l'intégrité a un nom, la rigueur un visage, la conscience une voix, et dans la vie d'un homme un instant - sa mort - où chacun, ami ou adversaire, perçoit l'écho d'un même message, et voilà que soudain - oui, pour l'instant - tous se rejoignent.

Comment exprimerai-je la qualité de l'émotion qui secoue tant d'hommes et de femmes depuis ce lundi 18 octobre 1982 ? Et nous-mêmes, connaissons-nous toutes les raisons du serrement de notre coeur ?

Avant que nous ayons pu rendre à Pierre Mendès-France le solennel hommage qui nous réunit aujourd'hui, la nation française, notre peuple et combien d'autres dans le monde avaient d'eux-mêmes reçu cette mort comme un deuil. Ils avaient perdu l'un des leurs, qu'ils aimaient, respectaient, admiraient, l'un de ceux dont on sait dans la nuit et dans l'incertitude qu'ils ouvrent le chemin.

Pierre Mendès-France a voulu que les jours qui suivraient sa disparition fussent réservés à sa famille, à ses intimes et distingués des cérémonies officielles. Je n'ai pas à interpréter cette volonté, conforme à la conduite d'une vie; Je me pose cependant la question : cet homme, d'un destin insolite, d'une originale plénitude, mesurait-il assez ce qu'il avait apporté au pays ou doutait-il du mouvement de gratitude et de chagrin que son départ susciterait ?

S'il fut atteint par ce doute, et comment ne pas le comprendre, - lui qui fut si longtemps combattu, calomnié, injurié - il n'ignorait pas qu'on s'y expose et qu'on en prend le risque dès lors qu'on intervient dans les affaires de la cité. Ce sort n'a épargné aucun fondateur d'ordre, aucun grand porteur de message. Et lui-même, mieux que personne, enseignait que pour dominer les outrages de la fortune et parvenir à la "sérénité du couvreur sur le toit", où se situait Léon Blum, il y fallait beaucoup de robustesse d'âme.

L'hostilité qu'avaient provoqué les fulgurances de ses idées, de son action, avait-elle nourri en lui-même cette interrogation passagère ? Pourtant dans les orages et les affaissements de la IVe République, il avait apporté, et la jeunesse de France y avait applaudi, la lumière et le redressement. En moins de huit mois il avait arrêté l'effusion de sang de la guerre d'Indochine ; donné de façon spectaculaire et, à la lettre, révolutionnaire, un élan décisif à la décolonisation avec l'émancipation de la Tunisie ; pris les dispositions les plus novatrices pour notre défense nationale ; imprimé aux orientations de notre économie une rare impulsion ; inauguré enfin un style et une méthode dont l'empreinte marque encore ceux qui ont à décider, où qu'ils se trouvent, du destin de la France;

Le doute encore aurait pu survenir - quel grand esprit ne l'a connu - lorsque, comme cela fut exprimé par un autre, "l'aigle ayant fait son nid, on prétendit le contraindre à s'y reposer". Il pouvait craindre que, les vicissitudes de la politique, les divisions de son propre camp l'ayant éloigné de la direction du pays, ses luttes, ses compétences, ses avertissements ne fussent anesthésiés par le tribut peu onéreux et le respect sans risque qu'une société procure à sa mauvaise conscience. Or, si tout été dit, et souvent bien dit sur ce Français dont le manque déjà nous afflige au-delà de toutes les prévisions, on a peu rappelé, me semble-t-il, à quel point pendant ces vingt dernières années il a été présent parmi nous, avec quelle fidélité enracinée, quelle ténacité incontournable il avait découragé ceux qui l'invitaient à se placer au-dessus de la mêlée. Quand je lui confiais un jour récent, que sans lui rien n'eût été possible, je pensais certes au rôle que, chef de file, il avait joué auprès de ma génération et à la confiance qu'il m'avait faite dès 1953 et 1954 en me comptant parmi les siens, mais je pensais surtout qu'il n'avait jamais cessé d'être, lui, ce compagnon inaliénable de ceux qui luttaient pour que tout redevint possible en France.

Pierre Mendès-France nous laisse une foi, une méthode, un exemple. Sa foi, la République, sa méthode, la vérité, son exemple, l'inlassable combat pour la paix et pour le progrès.

Car la République, même ingrate, fut sa passion. Elle était, pour lui, la conquête des libertés, la mise en oeuvre des droits de l'homme et des vertus civiques, la forme supérieure du développement des sociétés humaines, le lieu où le devoir de la vérité, le respect de la parole donnée, les scrupules de l'esprit libre, l'amour du bien public fondent le gouvernement des peuples. Ses choix et ses refus furent animés de cette passion. Elle éclaire l'engagement du jeune avocat, du jeune député et du jeune ministre qu'il fut, son combat de 1936, sa participation au gouvernement du Front Populaire, son action à la Présidence du Conseil. Elle éclaire sa présence aux côtés du général de Gaulle en 1945, et aussi son retrait, quand il cessa d'être d'accord. Elle explique la politique de décolonisation dont il prit le risque d'être le promoteur, dont il devint le symbole sous les haines accumulées. Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, à conquérir indépendance et dignité lui semblait être une conquête inéluctable de la démocratie - que la France devait assumer pour rester fidèle à elle-même. Sa passion de la République explique son attitude intransigeante de 1958. Et cette passion explique encore qu'il fut jusqu'à son dernier jour, jusqu'à l'extrême limite de ses forces, engagé, solidaire sans défaillance, jugeant certes, mais entendant que son rôle, dans sa retraite, restât celui d'un citoyen et d'un serviteur du pays.

On n'achète pas la confiance du peuple. On la gagne. Et pour cela il faut convaincre. La République commence avec la volonté de convaincre. Brûlante mais méthodique, cette volonté animait Pierre Mendès-France, qu'il s'adressât au plus humble, au plus ignorant de ses électeurs ou au plus grand des plus grands de ce monde, à son ami le plus intime dans une conversation la plus personnelle ou à l'assemblée la plus anonyme et même la plus hostile. Etre Républicain, c'était croire, selon lui, que tout homme peut être juge du bien commun.

Comme tous les grands inspirateurs, Pierre Mendès-France disait des choses simples. Rien n'est plus fort que le langage qui rend à chacun le droit de comprendre. Ainsi ont grandi les mythes, les religions et les philosophies. Ainsi se sont formés les mots pour lesquels les hommes ont voulu se battre ou mourir.

Il répétait : "La République est un contrat", et il appliquait cette maxime à tout chose. l'acte lucide que passent les citoyens libres avec ceux qui seront là pour les représenter. Ni Montesquieu, ni Rousseau n'avaient dit autre chose, ni tous les fondateurs de toutes les républiques. Mendès-France, malgré les échecs, les reculs et la montée des barbaries, avait tout simplement continué d'y croire. Le problème pour lui n'était pas tant de renforcer le gouvernement que de respecter ceux qui le désignaient, de renverser la charge de la preuve en redonnant au citoyen la mission d'être en première ligne : parce que c'était à lui qu'il revenait, en fin de compte, de décider.

Puis, dans la lignée de Gambetta, Jaurès et Léon Blum, bien qu'autrement, il incarne, à mes yeux, le combat de la République. Il en avait la plus haute idée. Il lui en a donné la plus belle expression, et c'est pourquoi son souvenir qui nous rassemble ici n'est pas près de nous quitter.

Ecoutons-le décrire le devoir de l'élu à l'égard de ses électeurs, du responsable politique à l'égard des citoyens comme il le fit dans son livre "La vérité guidait leurs pas" :

"Il devra les avertir d'une erreur, résister aux entraînements des intérêts particuliers, montrer les exigences de l'intérêt général, faire face à des mouvements nés de la passion ou d'une information incomplète ou falsifiée, s'ils menacent ou compromettent les buts essentiels pour lesquels il a été choisi. Il lui faudra pour cela du caractère, du courage. C'est justement ce qui confère à la mission politique son utilité vraie et sa vraie dignité".

Ce qui nous apparaît comme un autoportrait, les jeunes générations le perçoivent ressemblant. De là vient qu'en lui se réconcilient jeunesse et politique.

A cet égard j'ai toujours trouvé remarquable qu'il n'entrât dans son discours à la jeunesse aucune forme de démagogie. Nulle trace dans ses propos de cette stratégie illusoire qui consiste pour certains, quant ils parlent aux jeunes, à triompher de leur propre vieillesse, en croyant ainsi mettre l'avenir dans leur jeu. Tout au contraire, lorsqu'en décembre 1955 il s'adresse à la jeunesse, c'est pour lui dire, dans détours, qu'elle a autant de responsabilités que de droits. Au reste, la jeunesse est l'âge le moins crédule. Et Mendès-France le savait. "A l'écoute" de la jeunesse, comme il le fut ne mai 1968, ce n'était pas pour lui aller nécessairement dans son sens, mais comprendre, pour accompagner ou infléchir un monde en mouvement. Dans un autre message, il affirmera qu'il est impossible d'être jeune et de dire "A quoi bon !". Mais, changeant d'interlocuteurs, c'est aux hommes politiques, aux éducateurs, aux hommes de responsabilités qu'il lancera cet avertissement : aucune mesure n'est saine si elle n'intègre au moment où elle est conçue, formulée et enfin appliquée, son incidence et ses retombées chez les jeunes.

C'est ainsi qu'il a inspiré, suscité, favorisé l'éclosion d'idées, de réformes, de projets que le gouvernement de la France met aujourd'hui en oeuvre. On en retrouve les sillons dans les travaux des colloques de Caen, de Grenoble, dans les études des Cahiers de la République, dans les compte rendus de séminaires discrets, où il déployait le meilleur de son caractère et de son imagination. Témoignage qui reste vrai pour ceux qui, parmi nous, seraient tentés de concevoir ou de réaliser en ne pensant qu'à l'urgence ou bien au provisoire.

Un autre domaine où Pierre Mendès-France s'est montré visionnaire a été celui du Tiers Monde. Il a vite dépassé sur ce sujet le sermon ou le prêche et n'a jamais évoqué ce problème en termes de charité. Il a simplement observé que sur cette planète les pauvres restaient pauvres et qu'ils étaient de plus en plus nombreux ; et que les riches qui indéfiniment croyaient pouvoir le demeurer, en assurant leur domination, préparaient leur propre ruine. Et lui, qui a si souvent proclamé notre dette, la dette de l'Europe et de l'Occident, à l'égard des Etats Unis d'Amérique qu'il aimait - comme je les aime - il devait être le premier à dénoncer ce que l'on nomme par dérision ou bien par antiphrase "l'ordre monétaire international" et la suprématie du dollar, source de tant de troubles et de dommages dont les pays pauvres sont toujours les premières victimes. Encore une fois, le Tiers monde pour lui, comme pour nous tous, c'était insupportable, mais c'était aussi une injure contre cette raison humaine qu'il plaçait avant tout. "L'homme ne peut pas construire de ses propres mains la fin de l'homme", répétait-il en parlant de la course aux armements mais aussi et surtout en évoquant l'insupportable irrationalité des rapports entre l'Occident et le Tiers Monde. On connaît ses propositions pour l'indispensable système monétaire nouveau, sur la garantie des cours des matières premières, sur le développement propre à l'identité de chacun.

Bien des actes du gouvernement Mendès-France sont encore sous le coup de la délibération de l'histoire.

Si le débat et sa conclusion et sur la ratification ou plutôt le refus de ratification du traité de la communauté européenne de défense est aujourd'hui tranché, il a laissé un goût amer à nombre de démocrates sincères, européens engagés, et sans doute trop pressés par leur idéal d'imaginer l'Europe autrement qu'elle n'était. Contrairement à son tempérament, Pierre Mendès-France s'abstint dans le vote final, et avec lui ses ministres. Mais il s'empressa aussitôt de tracer un nouveau chemin où nous sommes encore, et où nous avons pour l'amitié franco-allemande continué d'avancer. C'est à l'Hôtel Matignon, en son temps, que j'ai pour la première fois rencontré un chancelier allemand : il avait en ces domaines comme en tout autre, les réflexe d'un patriote de vieille et grande tradition.

Il aimait les Etats Unis, je l'ai dit, même s'il leur parlait haut, refusait d'appeler "impérialisme" la logique d'une hégémonie à propos de laquelle il annonçait à nos alliés d'outre atlantique qu'elle les entraînerait, s'ils n'y prenaient garde, à connaître de cruels retours.

De l'Union soviétique, il savait qu'elle ressemblait à un grand peuple, notre ami, au travers d'une longue histoire. S'il n'admettait pas son régime intérieur, il ne faisait pas entrer cette donnée ne ligne de compte quand il s'agissait de veiller aux équilibres nécessaires entre les nations de la terre.

Mais ce qu'on appelle le patriotisme, Mesdames et Messieurs, c'est à dire considérer la patrie comme une valeur fondamentale, n'était pas pour Pierre Mendès-France un concept abstrait, un idéal incertain. Et il le prouve. Dès que la guerre est déclarée en 1939 il ne se pose pas de questions : il doit se battre. Sa place est au Front. On lui fait observer que, parlementaire, il peut obtenir une affectation spéciale : il s'engage dans l'aviation. Comme on annonce une guerre de positions à partir des lignes Maginot et Siegfried et que l'on prévoit que les engagements se feront attendre, il demande son envoi immédiat dans l'armée du Levant censée procéder à une opération d'encerclement de l'ennemi par les Balkans.

Promu lieutenant, il harcèle le commandement pour obtenir de nouvelles missions La débâcle le retrouve en France; Il tente de rejoindre son escadrille au Maroc et s'embarque sur le Massilia. Arrêté, jugé pour désertion, il est condamné le 9 mai 1941 à sept ans de prison. A la barre les témoins défilent : ce sont ses supérieurs. Tous font son éloge. Ils ne se contentent pas de laver l'accusé du soupçon, de juger scandaleuse l'accusation, ils confirment qu'ils ont rarement vu un officier français si calmement et si opiniâtrement décidé à se battre. Incarcéré, il multiplie les tentatives d'évasion. Avant la dernière, celle qui réussira, il écrit aux autorités du moment la lettre que voici :

"Il est certes interdit de se faire justice à soi-même, mais à condition de trouver et de défendre son honneur (...) je ne peux laisser affirmer mon déshonneur sans user du seul moyen de protection qu'il me reste, le plus solennel, le plus éclatant : je reprends une liberté à laquelle je n'ai jamais cessé d'avoir droit (...) cependant si la France faisait quelque jour de nouveau appel à ses enfants je solliciterais alors líautorisation de servir à l'endroit le plus exposé comme je l'ai déjà fait en 1939-40".

Et, lorsquíil finira après maintes aventures, par rejoindre le général de Gaulle à Londres et que le chef de la France libre l'interrogera sur ses voeux, Mendès-France répondra simplement : "Je suis dans l'aviation, je veux rejoindre mon arme dans une unité combattante". Ce qu'il fit.

Il faudrait être bien inattentif pour croire que l'action de Pierre Mendès-France fut limitée aux quelques sept mois et 217 jours passés de juin 1954 à février 1955 à la tête du gouvernement de la République. Un été, un automne, quelques jours. L'histoire ne fait pas ces comptes-là. Léon Blum, pour un an. Gambetta et Jaurès, pour si peu, pour jamais, pour toujours.

Cet homme qui fut brièvement mais pleinement homme de gouvernement avait pour le Parlement un respect qui ne fut pas, il faut le dire, payé de retour.

Les témoins se souviennent de la clameur qui couvrit ses propos en ce jour du 5 février 1955, alors qu'abattu par une coalition d'intérêts contraires, - et sans doute s'était-il refusé à compter tous les suffrages qu'il eût pu réunir - il tentait, contre les usages, d'exposer les sentiments qui étaient les siens et l'ampleur de la tâche qui attendait son successeur.

J'ai vécu avec lui ce moment et j'entends encore son cri : "Le devoir interdit tout abandon".

Tout Mendès-France était dans ce double aveu : la peine qu'il ressentait à se voir privé du moyen de poursuivre la politique qu'il croyait bonne pour le pays, la conviction qu'une politique juste serait rôt ou tard reprise par d'autres, après lui.

J'ai gardé jusqu'ici pour moi le récit de cette scène que nous avons été quelques-uns à partager. Dans le bureau du chef du gouvernement au Palais Bourbon, Pierre Mendès-France le visage dans les mains, refermé sur lui-même, puis nous regardant, creusé de chagrin et laissant échapper cette plainte à mi-voix : "J'ai fait ce que j'ai pu. Que deviendra la République ?"

Les objectifs, la méthode et cette morale aussi se confondaient pour Pierre Mendès-France avec l'idée même qu'il se faisait de ses choix. Car s'il était attentif à comprendre les opinions contraires, il appartenait, je cite, "au camp de ceux qui éprouvent la soif humaniste et socialiste de plus en plus largement partagée et qui demeure la meilleure promesse pour demain". Et il ajoutait : "Je suis de ceux qu'animent à chaque instant la volonté et la passion de prendre une part, fût-elle modeste, à une grande oeuvre qui ne sera jamais achevée et qui est d'autant plus urgente";

Quant à la primauté qu'il donnait à la justice sociale dans le respect des lois de l'économie, ah ! cette conscience dure qu'il avait de considérer la réalité en face, cela restera la loi de notre société, celle du moins qu'ont voulue, que veulent bâtir la majorité des Français.

Depuis quelques années, son rôle politique paraissait effacé. Il appartenait à l'histoire, pensait-on. Des générations aux fidélités entremêlées se réclamaient de son héritage. Et pourtant son influence restait vive, présente, et on le voit aujourd'hui, immense, témoignage permanent de la conscience démocratique.

Je n'en prendrai pour exemple que ce dernier appel pour le retour à la paix, dans le Proche Orient. Il avait depuis longtemps attaché sa réflexion à ce problème. Mais il se désolait que la guerre fratricide continuât. Il offrait ses conseils, lui si discret. Il voulait la paix entre ces peuples qu'il aimait. Et lui, Français juif, sentait plus que d'autres, mieux que d'autres la nécessité de l'histoire. Il avait souffert pour lui-même et subi bien des affronts. Il avait la conscience d'être ce qu'il était, Français toujours placé au premier rang des combats pour la France et fidèle, en tout fidèle, à ce qui l'avait fait.

"... La vie use et rejette les hommes et semble ne réserver qu'à quelques uns un sort privilégié'.

"Pour ceux-là, la vieillesse n'est pas l'étape qui achemine à l'effacement, (...) plutôt la transition qui les conduit à la place où l'histoire les accueillera".

"La mort elle -même (..) respecte ces existences dont l'image s'épure selon le destin que le futur en retiendra" ; et "Leur exemple servira de modèle ou en tout cas de précédent : parce que leur comportement a façonné des usages et jusqu'à des institutions : parce que (ce comportement) continuera de peser dans l'opinion en faveur des causes qu'ils ont servies ; parce que d'autres prolongeront la même lutte en ne cessait pas de s'appuyer sur eux".

Ces mots sont de Pierre Mendès-France et il les appliquait. Zola, Jules Ferry, Jaurès, Blum, Churchill, de Gaulle. Qui n'aurait aimé les écrire pour Mendès-France lui-même ?

On ne peut, Mesdames et Messieurs, contenir son message en quelques traits simplifiés.

Cet homme de volonté et de rigueur était surtout un homme généreux.

Les hommes, pour lui, étaient différents. Il fallait tenir compte de leurs différences. Mais tous avaient le même besoin : s'émanciper, devenir pour bien rester libres. Comment les inspirer, comment les équiper, pour en faire les créateurs qu'ils peuvent être, comment reconnaître le génie de chacun ? Certes, Pierre Mendès-France comme Lincoln, comme Jaurès, est mort sans avoir terminé sa tâche. A moins que sa tâche n'eut été précisément celle-là ! "Tout est création", disait Jaurès, "tout et création de l'homme, même le pain, même le vin".

Je cherche les derniers mots pour dire ce que je ressens en cet instant. Devant vous et devant la France, je cherche à définir ce que fut Pierre Mendès-France; Et je ne trouve d'autre définition que celle-ci :

"Pierre Mendès-France, l'éveilleur des consciences".

A sa femme je dis : "il fut votre tendresse et votre vie. A ses enfants je dis : "il fut votre conseil, votre ami le plus proche". Aux siens, à tous les siens, je dis : "il fut votre compagnon, votre guide. Je suis l'un d'entre vous".

Aux Français, à tous les Français, je dis : "Il fut une part de notre honneur, il fut une part de notre histoire : le temps s'en souviendra".

 

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