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Ce texte est intéressant et fait écho à la crise de pandémie actuelle, à savoir la recherche d'un traitement.

Le Populaire de Paris, 29 février 1920

SOURCE : https://gallica.bnf.fr/

Le docteur Gillard et le traitement de la Grippe

 
L'histoire du traitement sérothérapique de la « grippe espagnole » apporte un nouveau chapitre, qui serait comique s'il n'était tragique, aux annales de l'inertie et de l'in- compréhension des pouvoirs publics et des grands corps officiels.
On sait les résultats admirables obtenus, envers et contre les autorités, pour prévenir et guérir une maladie dont les victimes se font chiffrées, en quelques années, par dizaines de millions, par le sérum Yersin, ou sérum antipesteux.
Ce traitement, qui commence à s'imposer, par la force des faits, a rendu justement célèbre le nom du docteur Folley. Nos lecteurs savent que le docteur Folley se guérit lui-même, au moyen d'injections de sérum antipesteux, d'un Cas très caractérisé de « grippe espagnole » qu'il s'était inoculé par suite d'un accident de laboratoire. Le docteur Folley isola, par un prélèvement de sang fait sur lui-même, le microbe du mal, qui se présenta, dans son microscope, sous la forme d'un « petit coco-bacille à coloration bi-polaire ». Le docteur Folley obtint, par l'emploi du sérum de Yersin, des guérisons dont certaines affectèrent la forme de véritables résurrections. Le praticien adressa, au début de février 1919, un rapport à l'Académie des Sciences, pour annoncer la découverte "du microbe de la mystérieuse maladie qui décimait l'humanité, et les résultats de sa méthode de traitement. Le secrétaire de la savante académie lui répondit que le Conseil n'avait pas cru devoir en autoriser la lecture. Il envoya, sans plus de succès, un autre rapport à la Commission d'Hygiène de fa Chambre des députés, en mars 1919.
A la même époque (mars 1919), le docteur Paoli, médecin de l'Union des Syndicats, qui n'avait pas eu connaissance des travaux de Folley, avait été amené, par des observations personnelles, à obtenir la guérison d'un malade atteint de grippe pneumonique et qui était à l'agonie, par des injections d'un sérum destiné à combattre la méningite. Depuis, le docteur Paoli s'est associé aux bienfaisantes expériences de Folley et poursuit avec lui la même campagne.
Il est juste d'apporter à la présentation de faits que personne ne doit plus ignorer, un supplément d'information mettant en lumière la place considérable que doit occuper, dans l'histoire du traitement de la pseudo-grippe par le sérum antipesteux, la personnalité d'un autre médecin : le docteur Gillard. Le docteur Gillard n'a pas eu, comme le docteur Folley, la gloire d'avoir isolé l'agent pathogène de la terrible épidémie, mais il a celle d'avoir pratiqué le premier le traite- ment de cette maladie par l'emploi du sérum de Yersin. Au mois d'octobre 1918, il publiait, dans les journaux de Nice, où il réside, une annonce offrant d'employer pour |e traitement de la « grippe espagnole », « un sérum et un vaccin de l'Institut Pasteur ». Ce sérum et ce vaccin n'étaient autres que ceux qu'on avait employés jusque-là pour guérir et prévenir la peste. Le docteur Gillard le dit, du reste, explicitement, aux personnes qui vinrent à ce moment se faire soigner par lui. Il obtint des cas d'immunisation évidente (nul ne fut atteint par « la grippe » parmi les cinq cents personnes qu'il vaccina). Il obtint, de plus, une fois la maladie déclarée, des cas de guérison.
Ce n'était pas par hasard et par pur empirisme que le docteur Gillard avait été amené à employer le sérum de Yersin. 11 avait observé, par l'examen de statistiques, que les enfants sont presque toujours, dans leur premier âge. à l'abri de la contagion de certaines maladies et réfractaires aux épidémies. II avait cherché la cause de ce phénomène, et, par une généralisation de grand savant, il avait cru la trouver dans ce fait que les enfants bénéficient, pendant plu- sieurs années, d'une sorte d'immunisation : générale due à  l'action du vaccin anti-variolique. Dès lors, il lui apparaissait qu'un : vaccin ou qu'un sérum pourraient donner à l'organisme une défense en dehors même des cas spécifiques auxquels ils semblent destinés. Il obtint ainsi des résultats concluants, notamment dans une épidémie de rougeole qu'en 1911 il enraya dans sa clientèle par le vaccin contre la variole. Cette orientation de ses travaux lui donna l'idée, en septembre 1918, de se servir contre cette maladie qu'il a appelée « la grippe violette » et qui a, du reste, un certain nombre de rapports avec la peste, du "sérum antipesteux. Il adressa, le 25 octobre 1918, un rapport explicite et détaillé à l'Académie de Médecine de Paris. Le 6 novembre 1918, le secrétaire de cette docte assemblée lui retourna son travail « dont le Conseil d'administration n'avait pas jugé à propos de faire donner connaissance à l'Académie ».
Entre temps, le docteur Gillard avait écrit au président du Conseil pour attirer son attention sur son rapport qu'il joignait à sa lettre, laquelle se terminait ainsi : « Si les me sures que je préconise et qui sont basées sur mes études aux lits des malades sont divulguées, j'ai la conviction que le nombre des décès diminuera et qu'enfin, grâce à la vaccination des milieux infectés, l'épidémie qui sévit actuellement prendra fin ». Il n'a, bien entendu, été tenu aucun compte de cet avertissement documenté. De plus, la persécution s'est jointe à la funeste indifférence — et elle s'explique peut-être parce que Gillard est un de nos camarades les plus actifs et les plus militants du Parti dans la région de Nice. Le docteur Gillard a été l'objet d'une plainte de la part de l'Association des Médecins de Nice, pour avoir utilisé un vaccin destiné à une maladie autre que celle qu'il avait à soigner ! Cette plainte a donné lieu à un acquittement abondamment motivé et qui est plus qu'une justification pour la méthode de Gillard et pour ses résultats.
Il faut espérer que, grâce à un mouvement dont les milieux syndicalistes ont pris l'initiative, les efforts de tous ces hommes de science pourront être généralisés pour le bien public. Mais il est équitable, lorsqu'il s'agira d'établir l'histoire de ces recherches, de reconnaître la priorité du docteur Gillard dans l'emploi de la seule méthode efficace qu'on ait trouvée jusqu'ici pour combattre la « grippe ».
Henri BARBUSSE.
 

Tag(s) : #le socialisme français avant 71, #vu sur le net, #textes historiques

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