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source : http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/jaures/prof-foi.asp

 

Sa profession de foi aux élections législatives de 1893

VIe législature

2e circonscription  d'ALBI.

M. Jean JAURÈS,
Élu au 1er tour de scrutin.

Aux électeurs de la 2e circonscription d'Albi,

Il y a six mois, vous m'avez fait votre député, avec le mandat de lutter pour la République sociale.

« A ce mandat j'ai été fidèle. »

Dans les discussions parlementaires provoquées par les scandales du Panama, j'ai protesté plus d'une fois, en votre nom, contre les hésitations de la justice, contre la faiblesse du gouvernement, et il est certain que ni les magistrats, ni les dirigeants n'ont su rechercher et frapper tous les coupables : ils n'ont pas su davantage démasquer et châtier les intrigants et les fourbes qui voulaient détourner, au profit de leur ambition personnelle, l'émotion de la conscience publique. Il est démontré une fois de plus que, dans la société actuelle, la loi, si dure aux petits, est désarmée ou émoussée contre les grands. Il est démontré aussi que des intrigues obscures, et qu'on n'ose point éclaircir, se substituent peu à peu, dans l'opportunisme finissant, aux pratiques claires et loyales des gouvernements libres.

J'ai travaillé au programme du prolétariat agricole et du prolétariat industriel : j'ai défendu, dans la mesure de mes forces, les organisations ouvrières quand elles étaient menacées par l'arbitraire capitaliste ou l'arbitraire gouvernemental. Je me suis associé à l'énergique propagande socialiste qui arrachera la démocratie française à son sommeil découragé.

« Et j'ai répondu par des actes, par des faits, aux hommes mal intentionnés ou mal renseignés qui accusaient les Républicains socialistes de négliger les intérêts des cultivateurs. »

J'ai demandé pour eux, comme je l'avais promis, la suppression du principal de l'impôt foncier : dans les deux séances du 8 et du 10 juillet, j'ai défendu énergiquement ma proposition. Je la renouvellerai, à chaque budget, dans la Chambre prochaine, jusqu'à ce qu'elle aboutisse, et elle aboutira certainement, car les cultivateurs, de plus en plus accablés, commencent enfin à élever la voix, et la démocratie ouvrière, qui veut s'unir à eux, appuiera leurs revendications.

Nous aboutirons d'autant plus que nous indiquons, dès maintenant, une économie de 80 millions qu'il faut réaliser. Suivant l'exemple d'un grand pays voisin, très soucieux de sa puissance militaire, nous pourrons, et nous devrons, réduire le service militaire de trois ans à deux ans. La proposition a été déjà faite : les républicains socialistes l'appuieront énergiquement et, avec cette économie, nous supprimerons le principal de l'impôt foncier.

Sur la question du blé, vitale pour tous, l'accord complet s'est fait au congrès de Carmaux, entre les cultivateurs et les ouvriers. Il a été convenu, à l'unanimité, que le prix normal du blé, celui qui rémunérait le paysan sans trop grever l'ouvrier, était de 20 fr. l'hectolitre. J'ai donc reçu mandat d'élever les droits de douane sur les blés étrangers jusqu'à ce que les blés vaillent 20 fr., et d'abaisser les droits quand le blé dépasserait ce prix, dans la proportion même où il le dépasserait. Il y aura ainsi raison et justice pour tous, ouvriers et cultivateurs.

Lorsque, par cette mesure immédiate, les cultivateurs auront été sauvés de la ruine, nous demanderons que le gouvernement soit le seul acheteur de blé étranger. Il n'y aura ainsi ni spéculation ni agiotage, et il vendra le blé étranger à un prix tel que le blé français ne soit ni trop bon marché ni trop cher.

Et, à ces mesures de salut, les socialistes ajoutent dans leur programme de réformes agricoles, « la multiplication des syndicats paysans, les prud'hommes agricoles, les retraites pour les travailleurs de la campagne, petits propriétaires et salariés, au moyen d'un impôt progressif sur le revenu, la commune rurale devenant propriétaire des machines coûteuses et les prêtant au prix de revient aux cultivateurs; enfin, le crédit à bon marché par la Banque de France rendue à la nation ».

Jamais parti n'a conçu, pour les travailleurs du sol, un programme aussi efficace, aussi net, que celui du parti socialiste.

Aussi, de plus en plus, les cultivateurs s'uniront aux ouvriers pour l'émancipation commune du prolétariat tout entier.

J'ai lutté pour les uns et pour les autres : je fais appel aux uns et aux autres.

Jean JAURÈS, député sortant.

 

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Sa profession de foi aux élections législatives de 1902

VIIIe législature

2e circonscription d'ALBI

M.   Jean JAURÈS
Élu au 1er tour de scrutin.

Citoyens,

Républicain et socialiste, je demande à tous les républicains, à tous les travailleurs, le mandat de défendre la République, de fortifier la démocratie, d'organiser et d'émanciper les prolétaires.

Vaincue au 24 mai, au 16 mai et sous le boulangisme, la réaction monarchique, cléricale et césarienne a tenté, il y a quatre ans, un nouvel assaut contre la République ; et, cette fois encore, l'expérience a démontré que pour refouler la contre-révolution, l'union de tous les républicains était nécessaire.

Cette union s'est affirmée depuis trois ans dans le Parlement et dans le pays. Elle s'affirmera encore décisive et victorieuse, aux élections générales. Elle se continuera, sans abdication et sans confusion d'aucune sorte, dans la législature prochaine, pour achever la déroute de l'ennemi et pour réaliser les réformes urgentes sur lesquelles l'accord immédiat de tous les démocrates est possible dès maintenant.

Ces réformes de premier plan, c'est la démocratie elle-même qui en a dressé la liste, par ses programmes, par ses manifestations, parles travaux préparatoires des commissions du Parlement et du Parlement lui-même : Révision des lois sur l'enseignement ; réforme démocratique du système d'impôts ; vigoureuse réduction de la durée du service militaire ; suppression des Conseils de guerre ; rachat des chemins de fer ; extension à toutes les catégories de travailleurs industriels des lois limitant, dans les ateliers mixtes, la durée de la journée de travail ; création de pensions de retraite pour tous les vieux travailleurs de l'industrie, du commerce et de l'agriculture, petits propriétaires et artisans aussi bien que salariés ; amélioration de la loi sur les accidents ; organisation de l'inspection ouvrière pour l'application des lois sur le travail.

Le concours désintéressé du Parti socialiste est assuré, dès la constitution de la Chambre prochaine, à tout gouvernement qui entreprendra la réalisation vigoureuse, méthodique et rapide de ce programme.

Il faut que l'État laïque et républicain reprenne sur tout l'enseignement le droit de contrôle et de direction dont il a été dépouillé. Il n'y a là aucune atteinte à la liberté religieuse. La liberté des consciences et des cultes est un article essentiel du programme républicain et socialiste, et la laïcité de l'État, commencée par l'ancienne monarchie, continuée et accélérée par la Révolution française, s'achèvera sans que la croyance d'un seul individu ait été brutalisée, sans que le droit d'une seule conscience ait été violé. Mais la nation républicaine, qui ne vit et ne peut vivre que par la liberté, a le droit et le devoir d'assurer à tous les enfants, dans toutes les écoles, un enseignement conforme aux principes de la liberté.

C'est un scandale que dans une cérémonie scolaire un moine ait pu faire appel au glaive de l'Inquisition pour abattre les têtes pensantes. C'est un scandale que dans une cérémonie scolaire un général ait pu glorifier la trahison des émigrés combattant contre la France à Quiberon sous le drapeau anglais. C'est un scandale que les éducateurs des futurs citoyens aient pu exalter les haines de race, glorifier les fau?, et que les éducateurs des futurs officiers aient pu faire l'apologie du coup d'État. Ces attentats permanents contre la République ne cesseront que lorsque l'État républicain aura repris, selon la liberté et pour la liberté, la direction effective et le contrôle souverain de tout l'enseignement. Ce qu'on appelle la liberté de l'enseignement ne peut pas prévaloir contre l'enseignement de la liberté.

Mais l'État devra faire un grand effort dans le sens de la gratuité. Il ne suffit pas que les écoles primaires soient gratuites. Il faut encore, en attendant la gratuité absolue de l'enseignement à tous les degrés, que les enfants du peuple qui sortent de l'école primaire avec le certificat d'études soient admis de droit, gratuitement et à la seule demande des familles, dans les collèges et lycées. Il importe aussi que, dans les chefs-lieux de canton, des cours primaires supérieurs et professionnels soient ajoutés aux écoles primaires pour qu'un degré plus élevé d'instruction soit facilement accessible et à très bon marché aux populations des campagnes.

Il faut que les quatre contributions, et notamment l'impôt foncier si lourd aux petits propriétaires paysans, soient supprimés. Il faut aussi que les impôts de consommation les plus lourds comme celui qui renchérit le sucre soient abolis ou réduits. Et cela ne sera possible que par l'impôt général et progressif sur le revenu. La réaction ment quand elle dit que cet impôt s'ajoutera aux autres. Il remplacera au contraire les impôts les plus lourds aux pauvres, les plus injustes ; et, combiné avec l'impôt progressif sur les successions, il donnera en outre à l'État le moyen de doter pour sa part les caisses de retraite.

La plupart des républicains sont d'accord pour réduire au moins à deux ans la durée du service militaire égal pour tous. La réaction essaie d'écarter cette réforme en proposant l'expédient misérable et funeste d'une armée de mercenaires, de rengagés, qui serait ruineuse pour les finances, dangereuse pour la liberté, mortelle à l'esprit civique et impuissante contre l'étranger. Les socialistes s'associeront à tous les républicains pour déjouer la manœuvre de la réaction. Mais la réduction du service à deux ans ou même à un an n'est à nos yeux qu'une étape. Ces réductions successives combinées avec un ensemble de mesures démocratisant l'armée doivent nous conduire au système des milices où tous les soldats sont en môme temps citoyens et où l'apprentissage de la guerre défensive se confond avec la vie civile. Là est la vraie force des peuples libres.

Il faut que la pension de retraite pour tous les vieux travailleurs ouvriers et paysans soit considérée non comme une faveur et une aumône, mais comme une dette sacrée de la nation. Et il faut que l'assurance sociale contre l'invalidité soit étendue au chômage.

Oui, le Parti socialiste est prêt à seconder et à stimuler en ce sens les efforts de la majorité républicaine. Il pèsera sur elle de toute la puissance du prolétariat organisé pour en obtenir ou pour lui arracher les réformes urgentes. Mais il n'oublie pas, en travaillant à cette œuvre immédiate, qu'il doit hâter la formation d'une société nouvelle constituée sur des principes nouveaux.

On dit aux paysans que nous voulons leur prendre leurs terres et procéder au partage. C'est une sottise ou une calomnie. Nous voulons au contraire débarrasser les petits propriétaires paysans de l'impôt qui les accable, de l'hypothèque qui les ronge, de l'esprit d'isolement, de défiance et de routine qui les paralyse. Le socialisme collectiviste, par la transformation de la propriété capitaliste en propriété sociale, affranchira les paysans comme les ouvriers. Il servira les intérêts de la nation comme les intérêts essentiels de la classe productrice. Il n'y a là ni spoliation, ni utopie. Et l'expérience de tous les jours démontre qu'il n'est que temps pour notre pays d'entrer dans les voies que le socialisme a marquées.

Dés aujourd'hui, il est de l'intérêt de la nation et du prolétariat que les chemins de fer, les mines, la banque, les raffineries, cessant d'être la propriété de sociétés capitalistes, deviennent la propriété de la nation.

Dès aujourd'hui, il est de l'intérêt des paysans comme de la nation, que les grandes meuneries, qui faussent à leur gré le cour des blés, deviennent propriété nationale et soient gérées par des conseils où seraient représentés les paysans.

Dès aujourd'hui, il est de l'intérêt de la nation comme des cultivateurs, que les assurances contre l'incendie, contre la grêle, contre la mortalité du bétail, au lieu d'être une entreprise capitaliste, dont les dividendes sont gonflés par les taux exagérés des primes, soient un service national mesurant les primes au risque réel.

Dès aujourd'hui, il est de l'intérêt des paysans de s'associer, de se grouper, soit pour leurs achats, soit pour leurs ventes, soit pour l'exécution en commun de travaux d'utilité commune.

Dès aujourd'hui, il est de l'intérêt des paysans, des cultivateurs, que l'État intervienne par un crédit national pour subventionner ces associations et que la commune intervienne pour mettre à leur disposition les machines agricoles coûteuses, les magasins de dépôt et de warrant.

Toutes ces mesures, qui sont d'inspiration socialiste et collectiviste, bien loin d'exproprier et de dépouiller les paysans, les sauveront, les fortifieront, les enrichiront, éveilleront en eux de grandes pensées.

C'est donc à tous les travailleurs, travailleurs des champs, travailleurs de la mine, travailleurs de la verrerie, que je fais appel. Selon la loi d'évolution, une société nouvelle, meilleure et plus juste se prépare. Elle ne s'accomplira que par le puissant effort de la Classe ouvrière et paysanne prenant conscience de son intérêt propre et s'organisant en parti politique distinct.

De plus en plus, les questions qui intéressent les peuples prennent une forme internationale. Il y a des conventions postales, des conventions monétaires internationales. Et récemment encore, c'est par une conférence internationale, à Bruxelles, que le régime ruineux des primes sur les sucres était aboli. De même, l'action du prolétariat devient tous les jours plus largement internationale. Les travailleurs de tous les pays s'entendent pour obtenir une législation qui les protège; ils s'entendent aussi pour faire prévaloir dans le monde les idées de paix. C'est appuyés sur le prolétariat international que les amis de la paix obtiendront peu à peu que des institutions d'arbitrage entre nations préviennent et empêchent les guerres. Guerre à la guerre, qui ruine les nations, ensanglante l'humanité et détourne tous les ans vers des œuvres de destruction et de mort des milliards qui devraient être consacrés au développement des œuvres de vie, de l'instruction publique, des travaux publics, des œuvres d'assurance et de solidarité sociale ! Je travaillerai, d'un effort passionné, à abolir le vieux régime de barbarie et de meurtre, à organiser un régime de paix durable, à préparer le désarmement simultané qui ne livrera notre Patrie à aucun hasard et qui soulagera le monde d'un fardeau accablant.

Voilà les nobles idées que je défendrai à la Chambre et dans le pays. L'union nécessaire entre républicains n'implique pour aucun d'eux aucune abdication. Quand les républicains modérés, radicaux, socialistes, votent tous ensemble contre la réaction, les modérés et les radicaux n'adhèrent point pour cela au socialisme ; et les socialistes n'abandonnent pas la moindre parcelle de leurs idées et de leurs revendications, mais ils affirment tous ensemble que la liberté républicaine est le patrimoine commun, et qu'elle est la condition absolue de l'évolution régulière de la démocratie.

C'est donc pour la République et en son nom que vous irez au scrutin le 27 avril prochain. J'ai été odieusement calomnié il y a quatre ans, mais maintenant la lumière est faite sur l'affaire Dreyfus. J'y ai joué le rôle d'un honnête homme et d'un bon citoyen. J'ai contribué à sauver l'innocent et à démasquer les traîtres, et ce que des aveugles ou des infâmes m'ont reproché comme un crime, je le revendique comme l'impérissable honneur de ma vie.

Ce n'est pas moi qui suis un agitateur et un fomenteur de grèves. Ce sont ceux qui ont, depuis 1885, introduit la politique à la mine, et divisé les ouvriers. Tous les travailleurs de la mine et de la verrerie se réconcilieront. Tons ils assureront la victoire de la République et du prolétariat.

Vive la République sociale !

Jean JAURÈS.

 

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Sa profession de foi aux élections législatives de 1906

IXe législature

2e Circonscription d'ALBI.

M. JAURÈS, élu au 1er tour de scrutin.

Aux électeurs de  la  2e circonscription d'Albi.

Citoyens,

J'ai rempli en conscience mon mandat. J'ai servi fidèlement le socialisme et la République, qui sont inséparables : car, sans !a République, le socialisme est impuissant et, sans le socialisme, la République est vide. J'appartiens, vous le savez, à ce grand parti socialiste qui a uni toutes ses forces pour hâter l'émancipation complète des prolétaires et l'avènement d'une société plus harmonieuse et plus juste, où le travail sera souverain.

Je fait donc appel avec confiance à tous les travailleurs, ouvriers de la mine et de la verrerie, du bâtiment et de la voie ferrée, journaliers agricoles, métayers, propriétaires, paysans, petits commerçants, artisans.

N'ayant en face de moi qu'un adversaire réactionnaire et de la pire réaction, j'ai le droit de faire appel aussi à tous les républicains démocrates. La République est le seul Gouvernement qui convienne à la dignité de l'homme, car elle seule met en jeu la raison et la responsabilité de tous. Seule aussi, par l'exercice toujours plus efficace de la volonté populaire toujours plus éclairée, par le libre mouvement des idées et la puissante action légale de la classe ouvrière, elle peut assurer l'évolution pacifique des sociétés vers des formes meilleures.

Cette République nécessaire, les réacteurs la menacent sans cesse. Quand ils n'ont pu la tuer par la violence, Us essai nt de la tuer par le mensonge,

Ils mentent impudemment quand ils présentent la loi de séparation des Églises et de l'État comme une loi de persécution et de spoliation. C'est une loi de liberté et de salut. Elle supprime un privilège et elle frappe la puissance politique d'un clergé rétrograde inféodé aux partis du passé. Mais elle respecte pleinement la liberté des consciences et des croyances Je vous l'ai démontré surabondamment dans nos réunions publiques et, seuls, ceux qui n'ont plus d'autre arme que la calomnie, persisteront à nous accuser. Les dernières convulsions du fanatisme expirant nous affligent : elles ne nous irritent pas, et nous n'exercerons d'autres vengeances que (S'appliquer la loi sans faiblesse, mais sans colère, sans hésitation, mais sans aggravation, dans l'esprit de liberté où nous l'avons faite.

Débarrassée enfin des entraves cléricales, la République reprendra et agrandira l'œuvre de réforme à peine commencée.

Déjà, par la loi de deux ans, nous avons allégé le fard au militaire qui pesait sur les plus pauvres et réalisé l'égalité. C'est le prélude d'une réduction nouvelle qui est possible dès maintenant si l'on veut bien consacrer à l'éducation des soldats tout le temps qu'on leur demande, au lieu de le gaspiller dans toutes sortes de besognes accessoires ou de vaines parades.

Par la loi de l'assistance sociale aux vieillards indigents, aux infirmes et aux incurables, nous avons proclamé le droit à la vie.

La grande loi des retraites ouvrière et paysanne, au bénéfice de laquelle j'ai fait admettre les métayers, a été votée par la Chambre, et la volonté énergique du suffrage universel fera plier la résistance du Sénat.

Ainsi la République, stimulée par le socialisme, pressée par la classe des travailleurs, commence à instituer cette assurance sociale qui doit s'appliquer à tous les risques, à la maladie, comme à la vieillesse, au chômage et au décès comme à l'accident.

Par là, elle ne diminuera pas seulement les misères et les angoisses qui dévorent tant d'existences humaines. Mais, en donnant à tous les prolétaires plus de sécurité et de liberté d'esprit, elle leur permettra de mieux préparer l'ordre social nouveau. En les associant à la gestion des grandes institutions d'assurance, elle les habituera à l'administration des grands intérêts qu'ils auront à gérer dans la société transformée.

Ces vastes lois ne seront possibles que par une réforme hardie de l'impôt qui demandera aux classes riches, jusqu'ici privilégiées, une plus large contribution, qui dégrèvera les propriétaires cultivateurs, les petits commerçants et les ouvriers et qui procurera le surcroît de ressources nécessaires aux œuvres de solidarité sociale.

Mais comment tout ce grand effort n'avorterait-il pas si la nation était jetée dans les horreurs de la guerre? Voilà pourquoi, nous, socialistes, nous détestons et condamnons les aventures. Voilà pourquoi nous voulons maintenir et assurer la paix par l'union concertée des travailleurs de tous les pays, par la pratique croissante de l'arbitrage international, prélude du désarmement simultané des nations. Voilà pourquoi, dès les débuts encore obscurs du conflit marocain, j'ai signalé le péril, dénonçant les combinaisons financières des uns, la mégalomanie des autres et, si j'ai pu contribuer pour ma part avec nos amis socialistes, à écarter l'orage de la guerre qui commençait à gronder, cela me console de bien des calomnies et de bien des outrages.

C'est cette œuvre féconde do justice sociale et de paix internationale que je veux continuer avec vous et par vous dans la législature prochaine.

Je veux m'y efforcer aussi de définir, par des textes précis, la conception socialiste. Je voudrais déterminer dans un vaste projet de loi, dans le Code du travail affranchi et organisé, ce que nous ferions, nous, socialistes, si nous avions la majorité dans le pays et au Parlement. Et j'espère démontrer, non plus seulement par des déductions, mais par des dispositions Iégislatives précises et coordonnées, que l'organisation collectiviste ne menacera aucun intérêt essentiel, aucun droit, aucune liberté. Elle donnera un plein essor à l'initiative des individus et des groupes. Elle respectera pleinement la propriété paysanne et, bien loin d'y porter atteinte, elle l'aidera, au contraire, en la libérant de bien des charges, de l'impôt, de l'hypothèque, do l'usure, de la mévente, en l'assurant contre les fléaux, en la protégeant contre les crises. Elle apportera immédiatement un large supplément de bien-être et de garanties à tous les producteurs, à tous les travailleurs ouvriers et paysans, et aussi à ces petits commerçants si durement expropriés aujourd'hui, sans indemnité aucune, par la concurrence meurtrière et anarchique du grand capital. Ede ménagera dans la transition les habitudes mêmes des privilégiés, et elle suscitera un si rapide développement de la richesse générale que le niveau de la vie des plus humbles sera relevé sans que les joies véritables et saines des heureux d'aujourd'hui soient amoindries.

C'est par l'incessant effort vers la justice sociale que nous établirons enfin l'ordre vrai et profond dans la société inquiète et tourmentée.

La société d'aujourd'hui, qui met le travail d'un côté, le capital de l'autre, enfante le désordre et l'agitation. Elle ne trouvera son équilibre que dans la souveraineté du travail organisé. La politique de réaction et de répression ne peut qu'exaspérer les conflits. Ceux-là sont des fourbes et des pharisiens qui cherchent à propos de tous les incidents de la vie sociale à semer la panique et la peur. Ceux-là sont des hypocrites et des criminels qui essaient d'exploiter contre la République et le socialisme les gestes de colère échappés à cette pauvre population du Nord, que l'effroyable catastrophe de Courrières et l'égoïsme des Compagnies ont surexcitée. Mais ceux-là aussi seraient bien imprudents et bien coupables qui inviteraient la classe ouvrière à chercher son affranchissement par des moyens brutaux, par des actes de destruction. Les attentats contre les propriétés et les personnes sont des crimes contre le socialisme encore plus que contre le code bourgeois, car ils provoquent des paniques de réaction sous lesquelles le prolétariat risque de succomber. Et surtout ils défigurent le magnifique idéal socialiste. Le socialisme ne sera pas destruction, mais organisation, au contraire, et création. Il ne sera pas un déchaînement de sauvagerie, mais la victoire définitive de la civilisation sur les vieux instincts sauvages de domination, de rapine et de meurtre.

Avec, vous tous, citoyens, avec tout le parti socialiste, avec la classe ouvrière et paysanne, toujours mieux organisée, avec les républicains qui veulent donner son sens plein à la République, je travaillerai à cette grande œuvre, qui sera une œuvre d'apaisement aussi bien que de justice.

Vive la République sociale !

Jean JAURÈS.

 

 

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Sa profession de foi aux élections législatives de 1910

Xe législature

2e Circonscription d'ALBI.

M. JAURÈS, Élu au 2e tour de scrutin.

Citoyens,

En vous demandant le renouvellement de mon mandat, j'ai le droit de dire que j'ai été au Parlement un représentant laborieux et fidèle.

De toute ma force, de tout mon cœur, j'ai travaillé à la Chambre et dans le pays à développer le grand parti socialiste, le parti du peuple ouvrier et paysan. De toute ma force, de tout mon cœur, de toute mon étude, j'ai aidé à la préparation et au vote des premières lois, trop incomplètes encore, de progrès social.

Ce n'est pas le radicalisme équivoque, incertain et défaillant qu'on nous oppose, non, ' ce n'est pas cette cohue sans doctrine, sans grandeur et sans audace, trop souvent absorbée par les basses besognes du favoritisme administratif, qui pourra résoudre les problèmes maintenant posés. Je sais tout ce qu'enferme de bonnes volontés et d'énergies inutilisées la démocratie républicaine. Mais je sais aussi que le seul socialisme, parce qu'il est organisé et résolu, donnera à toutes ces forces incertaines et stagnantes l'élan et la vie.

A mesure qu'aux questions de forme gouvernementale et d'organisation politique succèdent les questions économiques et sociales, le parti socialiste apparaît, quoi qu'il soit encore à l'état de minorité, comme la force nécessaire de mouvement et de contrôle.

Force de mouvement : Longtemps le socialisme a été seul à affirmer la nécessité et la possibilité des retraites légales pour les vieux travailleurs ouvriers et paysans. Ce qui était dénoncé il y a quelques années encore comme utopie et charlatanisme est devenu loi, sous une forme bien insuffisante encore, mais que nous développerons. Cette loi, nous l'améliorerons en effet, en élevant la retraite de la période transitoire, en abaissant l'âge de la retraite, qui surtout pour les industries épuisantes et meurtrières, comme l'industrie des verriers, est dérisoirement tardif.

C'est le parti socialiste qui, plus d'une fois, par sa volonté disciplinée et ardente, a sauvé à la Chambre l'impôt sur le revenu, menacé par les amendements perfides des manœuvriers de la gauche radicale. Et peut-être si le parti socialiste avait pu exercer au Sénat, où il n'est pas représenté, son action vigilante et pressante, la réforme de l'impôt ne s'y serait pas endormie du long sommeil qui la menace. Aidez-nous, citoyens, travailleurs, démocrates de bonne foi, à déterminer enfin une politique d'action continue et de courage.

Force de contrôle : Le parti socialiste a surveillé sans cesse et sans cesse dénoncé les intrigues, les complots, les imprudences qui pouvaient mettre en péril la paix internationale. J'ose dire que nous avons contribué, mes amis et moi, à limiter cette dangereuse entreprise marocaine dont les spéculateurs coloniaux méditaient l'élargissement et qui aurait mis le feu aux poudres dans toute l'Europe.

C'est le parti socialiste aussi qui se lève intrépidement pour flétrir tous les scandales, pour essayer d'en prévenir le retour. Et si, au risque d'attirer sur nous des inimitiés implacables, nous avons dénoncé les manœuvres des grands liquidateurs, ce n'est pas que nous ayons plaisir à remuer de la boue. C'est qu'il faut assainir la République. C'est qu'il faut protéger contre les hommes de proie, syndics de faillite, administrateurs, l'actif des commerçants en détresse, le gage des créanciers, le patrimoine des enfants mineurs et orphelins. Nous avons proposé pour cela des mesures efficaces. 0 petits commerçants, ô petits propriétaires cultivateurs, si souvent dévorés par les frais de justice, par les formalités de procédure et par l'avidité du fisc, quel aveuglement sera le vôtre si vous ne nous soutenez point I

C'est le parti socialiste encore qui lutte persévéramment pour empêcher l'oligarchie capitaliste de mettre la main sur toutes les sources de richesse; jusqu'à la veille de notre séparation, nous avons combattu pour garder à la France les riches mines de Meurthe-et-Moselle et la mine splendide de l'Ouenza, guettées par un syndicat de financiers internationaux. Nous avons réussi, au moins, à les tenir en suspens, pour que le suffrage universel pût se prononcer, pour que le peuple eût la parole et signifiât qu'il ne voulait plus être dépouillé ; vous ne nous désavouerez point.

Tout l'effort incessant que nous faisons pour le peuple, le peuple commence à l'apercevoir, et ceux des travailleurs qu'on avait détournés de nous par la calomnie, s'apprêtent à nous rendre justice. C'est en vain qu'on a essayé d'effrayer de nouveau les paysans propriétaires. Quand on leur dit que nous voulons leur prendre leur terres ou les réduire en esclavage, ils haussent les épaules et nos contradicteurs n'osent plus risquer cette ineptie. Mais j'ai vu, dans nos réunions contradictoires, à quel point la plupart de nos adversaires ignorent la réalité économique et sociale. Ils ne savent pas combien la condition des petits propriétaires est souvent pénible et dure. Ils ne savent pas combien il est difficile aux millions d'ouvriers agricoles, de métayers, de petits fermiers, d'arriver à la possession du sol qu'ils cultivent. C'est la propriété bourgeoise, aristocratique et rentière qui occupe les deux tiers du sol et les radicaux parlent comme si les paysans étaient dès maintenant souverains, comme si la question de la terre était résolue.

De grandes transformations se préparent, l'esprit d'association pénètre de plus en plus dans le monde rural : syndicats de petits propriétaires, syndicats de prolétaires ruraux et de métayers, coopératives agricoles ; et l'heure viendra où, par la force combinée des associations paysannes et de la nation, les travailleurs de la terre seront affranchis de l'impôt démesuré, de l'hypothèque, de l'usure et aussi des prélèvements énormes, des dîmes multiples que lèvent sur eux les rentiers du sol.

Grands et difficiles problèmes qui seront résolus par des transformations successives et des transitions ménagées, mais qui ne peuvent l'être que si les paysans sortent de leur passivité et de leur torpeur. Il faut qu'ils mettent à profit les libertés républicaines. Il faut qu'ils se pénètrent des lumières de la grande éducation rationnelle et laïque. Il faut qu'ils s'instruisent, qu'ils s'organisent, qu'ils s'associent, qu'ils ne se laissent pas effrayer par les mots comme des petits enfants par les fantômes. Il faut qu'ils apprennent à délibérer en commun, qu'ils aient en chaque région de grandes assemblées où leurs délégués étudieront ensemble le meilleur moyen d'affranchir et d'organiser le travail de la terre.

Dès maintenant c'est par l'union des travailleurs des champs et des villes que le programme immédiat des législatures prochaines pourra être réalisé : nationalisation générale des chemins de fer et des mines ; élargissement de l'assurance sociale qui doit protéger tous les travailleurs contre le chômage et l'invalidité, tous les propriétaires paysans avec l'aide des mutualités rurales, contre les risques naturels, contre la conséquence ruineuse des intempéries, de la grêle, des gelées, de la mortalité du bétail ; création des ressources nécessaires aux œuvres sociales par l'impôt progressif sur le revenu, par l'accentuation du tarif sur les grandes successions ; par le monopole des assurances, de l'alcool, des forces hydrauliques ; organisation du crédit aux paysans et aux associations paysannes pour leur permettre d'acquérir la terre et d'exploiter coopérativement les grands domaines ; organisation populaire de l'armée, exercices de gymnastique, de tir, de marche, à la commune, au canton, dans le plein air salubre des grandes manœuvres, réduction du temps de caserne, et envoi des jeunes gens dans les régiments les plus voisins de la famille ; offre solennelle et persévérante faite à tous les peuples de résoudre par l'arbitrage international tous les conflits et limitation graduelle et simultanée des armements.

Pour cette grande œuvre première un grand effort est nécessaire. C'est clans le socialisme que sera l'énergie libératrice. Mais il faut que toute la démocratie soit débarrassée des misères du scrutin d'arrondissement, des vices, des corruptions, des servitudes de la politique de clientèle. Il faut que chaque parti affirme son idée sans être à la merci de quelques groupes d'intrigants et de vendus qui suffisent parfois à déplacer la majorité. Il faut que chaque parti ait sa juste part de représentation et d'influence. C'est pourquoi nous demandons le scrutin de liste avec représentation proportionnelle et c'est la question primordiale que nous poserons dès le début de la législature.

C'est une honte pour la République d'entendre des candidats se vanter qu'ils peuvent seuls ouvrir les portes des préfectures. Le parti socialiste est assez fort désormais pour défendre les siens contre l'arbitraire administratif s'il venait à se produire, et contre les violences des politiciens haineux. Mais il faut créer partout des mœurs plus saines. II faut que le pouvoir républicain à tous ses degrés, par tous ses délégués, soit accessible aux justes réclamations de tous les citoyens et de toutes les communes. La représentation proportionnelle nous aidera à créer ces mœurs vraiment républicaines et probes. Et c'est dans une démocratie saine, honnête, vigoureuse, que les travailleurs continueront leur effort d'émancipation.

Citoyens, j'ai mis toute mon énergie au service du peuple. Aidez-moi dans la bataille.

Vive la République sociale!

Jean JAURÈS.

 

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Son « testament politique » :

sa profession de foi aux élections législatives de 1914

XIe législature

 

Citoyens,

Je vous prie de me continuer mon mandat que j’ai conscience d’avoir fidèlement et activement rempli. Je me suis associé à tout cœur à tous les efforts du grand parti socialiste pour la paix internationale et la justice sociale.

Une des plus grandes joies de ma vie, c’est d’avoir contribué à améliorer la retraite des ouvriers mineurs. C’est sur mon intervention que le Gouvernement a pris l’engagement formel de compléter à 730 francs la retraite des vieux ouvriers, à 365 francs la retraite des veuves des pensionnés, si les fonds prévus par la loi pour la Caisse autonome ne suffisaient point. Cet engagement précis, solennel, sera certainement tenu. Permettez-moi d’aller veiller de près à son exécution rapide et totale et à la bonne mise en œuvre de la loi qui va être appliquée dès septembre prochain.

Je me suis efforcé aussi d’améliorer la loi générale des retraites ouvrières et paysannes, et par l’abaissement à soixante ans de l’âge de la retraite que j’ai énergiquement demandé, nous avons en partie réussi. Mais cette loi que le Sénat a gardée longtemps comme tant d’autres, et qu’il a gâtée comme tant d’autres, a besoin d’une sérieuse révision. Il faut rendre l’obligation effective, compléter l’assurance-vieillesse par l’assurance-invalidité qui est ébauchée à peine. Il faut adopter des dispositions plus généreuses pour les femmes des assurés facultatifs qui sont bien souvent, surtout dans les exploitations rurales, les associées de leur mari. Enfin, il conviendra, prenant exemple sur la loi des mineurs, d’ajouter au fonds de capitalisation un fonds de répartition qui permette de donner tout de suite des retraites plus élevées.

Toutes les œuvres sociales, si urgentes pourtant, seront rendues difficiles par l’effroyable gaspillage d’argent et de forces qu’infligent au pays l’impatience coloniale et la réaction militaire.

De toutes mes forces, avec tout le parti socialiste et avec une trop faible partie des radicaux, j’ai combattu la funeste loi de trois ans. De toutes mes forces, dès le début de la législature nouvelle, je reprendrai contre elle le combat. Elle est si absurde, si contraire aux véritables intérêts de la défense nationale, si affaiblissante pour l’armée elle-même, si ruineuse pour le budget, si écrasante pour la production industrielle et agricole, si dure aux paysans dont les bras suffisaient déjà à peine à la culture du sol, qu’elle ne résistera pas longtemps à notre effort vigoureux. C’est dans l’organisation vraiment démocratique de la nation armée que la France trouvera la garantie de son indépendance, de sa juste et humaine fierté. Si elle sait secouer le joug de la réaction et de la routine, si elle organise l’éducation physique de l’adolescence et de la jeunesse à la commune et au canton, si elle institue le recrutement sur place et peut ainsi éduquer fortement ses immenses réserves sans troubler gravement la vie civile et sans éloigner les citoyens-soldats de leur domicile, si de Paris à la frontière elle crée une force solide de couverture en assurant la mobilisation rapide des unités de ces régions denses et riches, elle pourra non seulement abolir la loi de trois ans, mais descendre bien au-dessous de deux ans, sans compromettre sa sécurité. Elle aura, au contraire, une force défensive incomparable. Mais pour cela il faut oser, vouloir, étudier, penser et ne pas se contenter de formules paresseuses.

La politique insensée qui a été pratiquée depuis quelques années, l’opération marocaine et la réaction militaire ont creusé dans le budget le déficit le plus profond que le pays ait connu depuis l’année terrible. Il manque près d’un milliard au budget. Si les citoyens ne s’émeuvent pas, s’ils ne nous donnent pas le mandat et la force de pratiquer une politique plus éclairée, ils seront accablés d’impôts.

Nous lutterons pour leur épargner ces charges, et s’il faut enfin, pour payer la folie des dirigeants qui ont abusé de l’inertie du peuple, créer des charges nouvelles, nous veillerons à ménager les prolétaires ouvriers et paysans, les petits propriétaires cultivateurs, les modestes patentés. Par l’impôt général et progressif sur le revenu, le capital et la plus-value des grands capitaux, nous imposerons aux classes riches le fardeau auquel leur égoïsme cherche trop à les dérober.

Ces sacrifices demandés aux riches seraient mieux employés à des œuvres de civilisation et de solidarité sociale. D’accord avec l’Internationale ouvrière qui devient la plus grande force morale du temps présent, d’accord avec les travailleurs et les vrais démocrates de tous les pays, nous préparerons la réconciliation des peuples, le rapprochement de la France, de l’Angleterre et de l’Allemagne, l’achèvement de l’arbitrage international dans tous les conflits, un régime de garantie et d’autonomie pour toutes les populations opprimées par le droit barbare de la conquête, et enfin le désarmement progressif et simultané de toutes les nations qui pourront disposer pour des œuvres de vie et de paix des forces immenses d’argent et d’hommes dévorées maintenant pour la préparation de la guerre.

L’heure est critique. Les peuples se lassent et s’irritent. Pour résoudre les formidables problèmes intérieurs et extérieurs qui lui sont posés, la démocratie française a besoin de grands partis organisés et responsables. C’est pour les constituer fortement que nous ne cesserons de réclamer, avec une énergie que rien ne lasse, cette réforme électorale par la proportionnelle qui a une si haute valeur politique et morale. C’est en s’organisant sur cette base que les partis échapperont à ces influences occultes et corruptrices, à ces impures infiltrations de finance dont un scandale récent a donné un exemple particulièrement humiliant.

Le socialisme, par la force impersonnelle de son organisation, par la hauteur de son idéal et par la vigueur enthousiaste de son action, contribuera à la moralité de la vie publique. Il est désormais une des grandes forces de la France, la plus haute espérance de la civilisation européenne.

Donnez-moi mandat, vous tous travailleurs, vous tous républicains sincères, de continuer au Parlement la lutte pour la République, pour le progrès social, pour le développement de l’enseignement laïque et de la raison, pour le travail et pour la paix.

Jean JAURÈS

 

Tag(s) : #le socialisme français avant 71

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