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                                   Maria née en Aragon d'un père catalan et de mère aragonaise en ce début du 20ième siècle. La famille revient en Catalogne lorsque Maria est encore un bébé. Ils s'installent à Barcelone et à Gava ensuite, dans la proche banlieue de la capitale. Le père est un militant de la fédération des ouvriers libertaires. C'est une organisation indépendante issue des premiers mouvements ouvriers de catalogne et non adhérente à la CNT. A la fois syndicat et parti politique, son existence est limitée géographiquement . Enric , le père de Maria , est mécanicien et possédait un atelier à Barcelone dans lequel il fabriquait entre autre des avions de l'époque. Les affaires sont mauvaises et il est obligé de vendre l'atelier pour s'installer à Gava. Il ouvre un autre atelier de mécanique dont l'armurerie est l'activité principale avec la réparation des machines des filatures des usines à velours à quelques kilomètres de là et dans l'une d'entre elles travaille la mère de Maria, son épouse. Enric fait , selon les événements quelques séjours en prison et subit quelques « passages à tabac ».
                                La jeunesse de la ville ouvrière se retrouve sur les « ramblas » dans les locaux des organisations ouvrières et le Centre culturel dont Enric est le Président. Les fils de la bourgeoisie fréquentent le « Casino » et évitent soigneusement  la « Casa del Pueblo ». Chacun a ses bars respectifs. Maria est une jeune femme particulièrement séduisante et à peine a-t-elle vingt ans qu'un fils de riche vient la demander en mariage et selon les usages de l'époque et de sa classe. Enric éclate de rire et malgré ce jeune homme « de moltas pesetas », il appartient aux jeunes filles de choisir . Maria refuse et son père est fier de l'indépendance de sa fille. La République est proclamée et l'activité politique et sociale devient plus intense en Catalogne et Enric se rapproche du « bloc obrer y camperol ». Maria participe aux grands événements. Le premier été républicain et lors du premier bains de mer, Maria, sa mère et sa sœur sont sur la plage et elle prennent subitement la décision de se dévêtir et de se baigner en deux pièces, culotte et soutien gorge et répondent aux réflexions des imbéciles « : C'est la République et VIVE la République ! ». La guerre éclate et le soulèvement militaire à Barcelone est écrasé par les ouvriers avec les organisations anarchistes à leur tête, Enric y est et Maria fabrique des cartouches, comme le lui a enseigné son père. Cette tache , maria la poursuit pendant la guerre avec Enric qui répare également les armes qui viennent du Front et jusqu'à construire une auto mitrailleuse.
                                   Les Brigades internationales sont sur le point de partir et la maison familiale accueille « Tito » qui fait pendant quelques jours la cour à Maria, qui n'a pas l'intention de partir en Yougoslavie. Enric doit réparer le magnifique pistolet de Tito, un 9mm aux mitres blanches qu'il laisse en partant. Jusqu'à sa mort l'arme est cachée sous une dalle du « patio » et en parfait état. Il serait pour le fils qu'aura un jour Maria car c'est sur , il en sera digne.
                                Les franquistes fêtent leur victoire et les arrestations sont massives, les « paseos » aussi et des cadavres gisent un peu partout dans la nature environnante . Des femmes républicaines sont tondues, dénudées et promenées sur des camions peintes en rouge. Enric est arrêté, jugé et condamné à mort. Il est enfermé à la « carcel modelo » en attendant la sentence. On fusille tous les jours et au début par centaines et les pelotons exécutent en «3x8 ». Dans le couloir de la mort, un jeune homme est voisin d'Enric et celui ci n'a pas de famille pour le nourrir. Les franquistes ne nourrissent pas les prisonniers qui vont être exécutés et Maria vient régulièrement porter quelques vivres à son père. Elle vient en aide au jeune homme qui est mal en point. Ils l'ont pris à Sitges après un violent échange de coups de feu. C'était un ancien responsable du PSUC et membre du comité central, Lors des événements de 37 à Barcelone, il a refusé d'obéir aux ordres des staliniens et ses mitrailleuses n'ont pas ouvert le feu sur des militants du POUM. Il a fini la guerre, également poursuivi avec son camarade Romero  par le guépéou. Régulièrement torturé, le jeune homme ne parle pas. Il ne donne aucun nom de ses camarades qui à l'extérieur mènent encore un combat désespéré dans les villes et les campagnes et organisés en maquis. Avec la nourriture des billets passent et les années aussi, depuis 1939. En 1944 environ ou 45, Maria ne se souvient plus très bien, une attaque est menée contre la prison par et selon toute vraisemblance selon Maria, par Quico Sabater et ses camarades anarchistes. Le jeune homme avec une centaine d'autres s'évade et il est recueilli par Maria. Un enfant naîtra  de leur union. Ils doivent se cacher et toujours se cacher, fuir, raser les murs et se rendre invisible. Il faut partir le plus vite possible et passer la frontière. La décision est prise et quatorze mois après c'est le départ en groupe. C'est une colonne de quelques dizaines de personnes qui marchent la nuit et se cachent le jour. Le fils de Maria a quatorze mois et elle le porte tout le long du voyage. Son compagnon est affaibli par les sévices endurés et avec lui il y a deux autres militants républicains. Ils sont armés de mousquetons remis par des camarades au début de l'ascension des Pyrénées. Les trois hommes en plus d'être armés portent des paquets, le jeune homme est derrière. Le petit de Maria pleure et ses cris portent dans la montagne, au risque d'être repérés. Que faire d'un bébé dans un colonne en danger. Toutes les hypothèses sont envisagées par la majorité des fuyards, l'ultime aussi. Maria poursuit sa route, loin derrière le groupe mais la police franquiste est déjà à leurs trousses avec des chiens. Les trois hommes se postent en hauteur à la sortie d'un défilé, Maria reprend des forces et repart la rage aux dents, peu lui importe sa vie, c'est son fils qu'elle doit sauver de la mâchoire des chiens et des crosses des brutes fascistes. Le feu est nourri et les trois hommes se battent comme des tigres mais les munitions s'épuisent. Quand Maria quelques heures plus tard passe la frontière, c'est le silence en Espagne, un silence de mort. La canaille fasciste a été stoppée, l'un des trois est redescendu par la rocaille et les éboulis avec un couteau à la main, il n'avait plus de cartouches, il en a tué un face à face derrière un rocher, il en restait un autre, le dernier, caché, qui n'a eu qu'à viser. Plus haut, le compagnon de Maria est gravement blessé de plusieurs balles et son camarade est mort. Le blessé est transporté par ceux qui au bruit de la fusillade sont arrivés plus vite que les renforts franquistes, depuis la France. Des heures durant le corps est transporté par des sentiers et enfin après bien des périples, le blessé est soigné à Lourdes à la clinique du docteur Pierra, pour quelques mois de vie. Après plusieurs années Enric est libéré, gracié pour avoir sauvé la vie à un fasciste qu'il pensait innocent en l'arrachant à la colère populaire. Ce dernier est venu témoigner quelques années après, pris de remords .
                                 A la mort d'Enric, son épouse décide de se débarrasser de tout ce qui est encombrant et dangereux. Le pistolet de Tito finit à la mer avec tout ce qu'elle n'avait jamais osé toucher et qui était soigneusement caché dans une remise, un véritable arsenal entretenu par Enric en attente d'une nouvelle génération d'hommes  valeureux prêts à se libérer.
                               Maria veuve fit une demande écrite pour revenir avec ses parents et il fallait le consentement du Maire de la ville et des « autorités » ecclésiastiques. Sa demande fut rejetée dans des termes particulièrement blessants et orduriers. Maria vit toujours et elle est l'honneur de sa famille et elle a toujours la beauté des femmes courageuses. « A genou, Jamais ! »

Tag(s) : #le socialisme dans le monde

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