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                                   En visitant les lignes du front d'Aragon avec le vieux combattant anti-fasciste , nous cherchons en vain un endroit particulier. Le paysage a changé et à quelques kilomètres près José ne se souvient plus très bien. La nature a repris ses droits sur le champ de bataille. Ce doit être par là s'exclame-t-il. Il lui est difficile de marcher avec une jambe en moins  et malgré la prothèse.
                                  Vois-tu, nous étions dans une tranchée avec une grande partie de ma colonne (Lenine) en face de celle des fascistes et des franquistes. Quelques uns de nos camarades apprenaient à lire et à écrire à d'autres, des volontaires du coin, entre deux attaques. En face ils avaient de l'artillerie et des obus, nous peu de chose, une « Vickers »et il fallait être économes en munitions et nous n'avions pas tous des fusils. Nous montions a l'assaut par roulement et la même arme servait à plusieurs. Quand un des nôtres tombait il fallait récupérer le fusil et ceux des autres avec des cartouches tant que possible. Dans de moments de calme, depuis notre tranchée il y avait toujours un ou autre pour interpeller ceux d'en face et surtout pour les injurier. Ils le rendaient copieusement quand ils n'avaient pas commencé. Parfois on se questionnait-«  d'où es-tu ? ». Et puis un jour après des combats acharnés , un camarade me dit qu'en face il y en a un de Gerena. Je me précipite en criant -« qui es-tu de Gerena ? ». La voix répond -« Sebastian de casa Petrin ! » . Mon frère ! -« Je suis José , ton frère. Que fais-tu avec la canaille ! » Pas de réponse. La nuit venue j'entends-«  ne tirez pas je suis le frère del mellizo !» En face ils tirent quelques coups de feu et Sebastian saute dans notre tranchée avec son fusil  Mauser et les poches remplies de munitions. Nous nous embrassons et mon frère pleure. Tout le monde veut l'embrasser et il tente de me donner des nouvelles du « pueblo » et de la famille, difficilement, happé par nos camarades. Il a ramené un peu de nourriture- « tiens on sait que vous avez faim, mange ! » Enfin il raconte -«  quand ils sont rentrés à Gerena, ils ont aussitôt fusillé plus de cent des nôtres » Il cite les noms un à un. Ils en ont amené beaucoup et ils ont beaucoup frappé. Tu figurais sur leur liste. Ce que j'ai vu est horrible » « Je n'ai pas pu m'échapper, ils m'ont pris et je n'ai pas eu le choix, m'enrôler ou la prison ou.... le peloton......Ils ont tué par balle, à la baïonnette, égorgé et à coup de gourdin. » « Maman ne fait que pleurer et Ana notre sœur aînée aussi, nous avons brûlé tes livres et caché le reste.... S'ils en avaient trouvé un seul, nous étions tous morts. Ils en ont brûlé des tas de livres sur la place devant la population rassemblée » « Tu avais raison José et si nous gagnons la guerre ils vont le payer, les « chivatos » en premier » . Ils ont également pris les familles de ceux qui étaient partis défendre Séville et des nôtres résistent encore à Triana qu'ils écrasent sous les bombes ». «  Tu te souviens que nous avions fait sonner les cloches quand la République a été proclamée, contre l'avis du curé et de ceux de droite..... et bien  tous ceux là se sont précipités pour les sonner en l'honneur des fascistes ! ». Sebastian ne pouvait expliquer grand chose de la stratégie des rebelles, il n'était qu'un enrôlé de force. Nous sommes restés peu de temps ensemble, il est parti sur Barcelone . A la fin de la guerre ils l'ont pris et emprisonné plusieurs années.  
                                Nous n'avions touché à personne , nous, a Gerena. Personne n'a été inquiété du temps de la République, ni au moment du soulèvement Militaire. Par contre ils ont tenté d'expliquer l'inverse en nous attribuant quelques unes de leurs forfaitures

Tag(s) : #le socialisme dans le monde

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